La soirée Alimenterre du 25 octobre vue par P. Lespagnol

On pourrait dire : belle réussite, 100 personnes, ce n’est pas rien. On pourrait aussi dire qu’on l’a échappé belle au vu des menaces proférées... Mais encore, avec quelques difficultés techniques, le résultat me semble très satisfaisant !

Le choix du film “Faut-il arrêter de manger des animaux” pouvait paraitre provocateur et certains l’ont pris au mot ! Mais nous avons pensé, au vu de l’actualité, qu’au cœur de la race limousine, il fallait mettre en débat ce sujet et donner la juste image du Panier de Germaine : nous ne sommes pas une association d’écolos végétariens et véganes.

Bien sûr que le remue-ménage qui s’en est suivi dans les états majors syndicaux agricoles a été un des facteurs du nombre de spectateurs avec une forte proportion d’agriculteurs. Mais qu’importe ! Les paysans nous ont fait part, en direct, de leur mal-être au vu des griefs qui leur sont adressés. Les conditions d’élevage en Limousin, on le sait, ne sont pas à confondre avec l’agriculture industrielle des États Unis. Nous ne sommes d’ailleurs pas entré dans le détail des conditions d’élevage ; seul a été évoqué les difficultés d’abattre les animaux dans de “bonnes” conditions vu la fermeture de nombreux petits abattoirs, ce qui entraine de longs trajets pour les bêtes. Les pistes d’abattoirs à la ferme sont encore à l’état d’ expériences rares. Nous aurions pu évoquer la question de l’écornage au vu de si belles vaches au Portugal : quelle est la démarche qui entraine cette peur d’accident de laisser pousser normalement ces organes, si ce n’est les conditions économiques subies qui obligent à concentrer toujours plus d’animaux dans le moins de place ? Coupe-t-on les bras des hommes afin qu’ils ne se battent plus ?

Nous avons touché du doigt, s’il le fallait, l’exaspération de certains paysans présents devant les contraintes de leur travail qui ne leur permet pas de vivre correctement. Mais c’est un tel beau métier : travailler avec la Vie ! Changer quelques têtes responsables ne suffira pas si l’on a pas l’imagination de chercher et de trouver d’autres issues. Bien sûr les politiques agricoles de la France, de l’Europe et du Monde sont en grande partie responsables de la situation. Mais la plus grande force pour le changement vient des acteurs eux-mêmes. Les paysans qui s’unissent sont une force, et des exemples ont été évoqués. Les consommateurs qui s’unissent en est une autre. Et quand les deux se rencontrent on peut construire autre chose ! C’est sur cette base que s’est construit le Panier de Germaine. Des intérêts qui paraissent contradictoires se rencontrent et mettent en place un système gagnant-gagnant. Mais il doit y avoir dialogue, échanges et que chacun comprenne l’autre. Ce fut, il me semble une des leçons de cette soirée.

Après l’intervention du président de la Chambre d’agriculture 87, qui nous a dit qu’il soutenait toutes les formes d’agricultures et ne voulait pas les opposer, nous avons manqué l’occasion de lui affirmer que les temps changent et que soutenir toutes les agricultures, c’était conserver un système qui est au bout du rouleau. Nous aurions du lui dire que les ressources sont limitées, que les consommateurs veulent non seulement savoir ce qu’ils mangent, mais aussi les conséquences de leurs achats. Pour donner de l’espoir, une vision aux paysans il faut les aider à changer et leur en donner les moyens, leur montrer la nouvelle route. Ne pas se contenter de préserver les aquis, mais bien affirmer qu’il y a un nouveau rapport à construire avec les consommateurs. Des alternatives existent : la vente en direct ou à la ferme, les magasins de producteurs, les AMAP et les circuits courts en sont les prémices.

Mais avant tout les paysans doivent reprendre en main leurs pouvoirs dans de nombreux domaines : depuis leurs semences à se réapproprier, la fertilisation avec une maitrise des fumiers (et non des effluents d’élevage !) par le compostage, des engrais verts et autres rotations vertueuses de la fertilité du sol, la transformation des produits de base qui est source de plus-value et d’emplois, l’arrêt de la spéculation foncière avec les expériences de Terre de liens…

Cette soirée a aussi permis qu’un échange se fasse entre les paysans, de quelque syndicat qu’il soient, fait assez rare pour que cela soit bien souligné par un responsable.

Un jus de pomme convivial a permis de poursuivre les échanges et une meilleure connaissance des uns et des autres dans la bonne humeur. La tension du début a été surmontée : quand les hommes se parlent, tout est bien mieux !!

Patrick Lespagnol.

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